Depuis le déconfinement, les plastiques pullulent au large du littoral des Alpes-Maritimes d’après les observations de Maria-Luiza Pedrotti, chercheuse CNRS à l’Institut de la mer de Villefranche-sur-Mer, experte mondiale des microplastiques en mer.

Le matériel visualisé dans l’interview fait partie des expériences du projet MITI-PLAISE soutenu par la MITI.

D’après vos premières observations au large de la rade de Villefranche-sur-Mer, l’après-confinement est pire qu’avant ?

A partir 11 mai nous avons pu reprendre les prélèvements en mer. J’ai été étonnée de voir quantité de plastiques, et surtout les catégories de plastiques que normalement on trouve très peu en Méditerranée, comme les granulés que l’on appelle les « larmes de sirènes ». Ce sont des cylindres de 1 à 10mm de plastique préfabriqué pour fabriquer d’autres plastiques. Ils n’ont rien à faire en mer.

 

 

Comment ces matières premières se retrouvent-elles en mer ?

Ils peuvent provenir de cargos échoués ou qui les ont perdus. Ou bien, pendant le confinement, les industriels ont peut-être laissé des sacs contenant ces plastiques à l’extérieur, qui se sont détériorés et répandus dans les rivières jusqu’à la mer ?

Nous avons aussi trouvé des morceaux de polystyrène expansé, qui proviennent d’emballages arrivés récemment en mer car il ne sont pas encore colonisés par des organismes. On en trouve habituellement 1% en Méditerranée, et là j’ai un échantillon où il y en a 10% ! On dirait que les gens se sont lâchés pendant le confinement.

Une partie va revenir sur les plages

Que deviennent les plastiques en mer ?

Il y a une partie qui va couler en mer rapidement, comme les PVC et PET. D’autres vont se fragmenter, être colonisés par des organismes marins qui vont les alourdir et finir par les faire couler. Certains vont être mangés par des animaux marins, c’est ce que l’on appelle le transfert trophique. Et une partie va être rejetée sur les plages. On estime que l’on trouve en surface seulement 1% des plastiques qui arrivent en mer.

Les pires sont les micro-plastiques ?

Une partie va couler, une autre mangée par les poissons, les baleines et les filtreurs comme les moules. Du coup ils vont rentrer dans la chaine alimentaire et peuvent aller jusqu’à l’Homme. Et une autre partie va continuer son processus de dégradation jusqu’au niveau nanométrique et échapper à nos engins de prélèvement et on ne sais pas très bien comment les caractériser.

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Le 4 juin, la revue médicale britannique The Lancet a annoncé le retrait d’une publication scientifique sur l’hydroxychloroquine, molécule testée contre le Covid-19, à la demande de certains de ses auteurs. Ces travaux médiatisés avaient notamment conduit l’OMS et la France à suspendre l’utilisation de cette molécule.

Nous en parlons avec Martina Knoop, physicienne, directrice de la Mission pour les Initiatives Transverses et Interdisciplinaires du CNRS, et chercheuse CNRS en physique quantique expérimentale, université de Provence (Aix-Marseille 1)

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Que s’est-il passé? Comment une revue aussi prestigieuse a-t-elle pris un tel risque de publier des résultats aussi controversés et se de dédire ensuite?

D’abord, il faut se remettre dans le contexte, qui est celui d’une épidémie très meurtrière. Dans les services de réanimation, les médecins sont impatients de connaître des traitements qui pourraient aider à la survie des patients. Et il y a une compétition très vive entre les équipes de chercheurs, et donc une tendance à vouloir faire vite, parfois trop vite.

Dans cette étude, le système de contrôle des travaux scientifiques n’a pas fonctionné. Il y a eu des défaillances à tous les niveaux.

D’abord, les données sur lesquelles ce travail repose —qui se sont révélées par la suite défaillantes— n’avaient pas été communiquées à l’ensemble des chercheurs. Ceux-ci ont signé les yeux fermés avant de reconnaitre, sous la pression médiatique, qu’ils avaient fait confiance à des données hospitalières fournies par un de leurs collègues, sans chercher à en savoir plus. Pour une publication scientifique, tous les auteurs sont responsables du contenu. Avec le tollé provoqué par cette publication, ils ont donc demandé le retrait de cet article. Il est incroyable que des chercheurs signent ainsi un travail qui repose sur des données dont ils ne semblent jamais avoir questionné la fiabilité.

Ensuite, les experts scientifiques chargés par le Lancet de vérifier la qualités de ce travail ne se sont pas non plus posés la question de la fiabilité des données. Il semble qu’ils ont donné leur aval un peu vite à cette publication. 

Enfin, l’éditeur de la revue, qui a le dernier mot, a décidé de publier en suivant cet avis favorable, sans lui-même se poser de questions. On peut donc dire que le système de publication scientifique a été défaillant à tous les niveaux, ce qui montre qu’aucune revue, même la plus prestigieuse, n’est à l’abri d’une erreur.

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