Des oiseaux sauvages comme offrandes aux dieux égyptiens

Article issu du projet "ISOTHOT : Origine des oiseaux momifiés d’Égypte ancienne - Pratiques associées et impact économique"

La MITI a soutenu ce projet dans le cadre du défi ISOTOP – AAP 2018 – Porteur : Romain AMIOT

Des millions de momies d’ibis et de rapaces sacrifiés aux dieux égyptiens Horus, Rê ou Thot ont été découvertes dans les nécropoles de la vallée du Nil. Une telle quantité d’oiseaux momifiés soulève la question de leur origine : étaient-ils issus d’élevages à l’instar des chats, ou bien chassés ? Des scientifiques du CNRS, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et du C2RMF1, ont effectué une batterie d’analyses géochimiques sur des momies conservées au musée des Confluences de Lyon. D’après leurs résultats, publiés le 22 septembre 2020 dans la revue Scientific Reports, il s’agissait d’oiseaux sauvages.

Mammifères, reptiles, oiseaux : les dizaines de millions de momies animales déposées comme offrandes dans les nécropoles de la vallée du Nil témoignent d’une intense ferveur religieuse et de pratiques de collecte et de préparation d’animaux qui contribuaient sans doute de manière significative à l’économie, de la basse époque (7e siècle avant notre ère) jusqu’à l’Égypte romaine (1er-3e siècles de notre ère). Toutefois, l’origine des animaux et les méthodes d’approvisionnement restent méconnues. Pour certaines espèces, comme le chat, la reproduction d’animaux apprivoisés semble avoir été le moyen le plus efficace de fournir ces animaux en nombre pour la momification. Mais contrairement aux chats, les momies d’oiseaux couvrent tous les stades de développement, de l’œuf à l’adulte, ce qui pourrait indiquer des pratiques d’approvisionnement plus opportunistes.

Afin de déterminer la provenance – élevage ou chasse – des oiseaux momifiés, de minuscules fragments de plumes, d’os et de bandelettes d’embaumement ont été prélevés sur 20 momies d’ibis et de rapaces des collections du musée des Confluences de Lyon. Si ces oiseaux, migrateurs à l’état sauvage, étaient issus d’élevage, leur alimentation aurait été homogène et d’origine locale, qu’elle ait été produite spécifiquement ou dérivée de celle des humains de la même époque. Cette homogénéité se traduirait par celle de la composition isotopique2 des restes d’animaux.

Les tissus ont été datés par la méthode carbone 14 et les compositions isotopiques de l’oxygène, du carbone, de l’azote, du soufre et du strontium ont été mesurées, interprétées en terme de sources alimentaires et comparées à celles de momies d’humains ayant vécu à la même époque. Loin d’être homogènes, ces compositions isotopiques présentent une variabilité très importante et des signatures « exotiques » par rapport à celles des Égyptiens anciens : les oiseaux étudiés auraient donc vécu à l’état sauvage, migrant saisonnièrement hors de la vallée du Nil.

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